jeudi 11 mars 2010

Profondeur en acte, vertige coloré s'approchant

Il y a ce qui est saillant dans l’espace réel et ce qui est saillant dans la représentation. Ce que Georges Didi-Huberman nomme « pan » est ce qui, dans la représentation picturale, accroche le regard. Le pan, c’est aussi ce qui dans La Recherche du temps perdu foudroie Bergotte, c’est ce petit détail architectural de la Vue de Delft de Vermeer :

« Enfin, il fut devant le Vermeer. (…) Enfin la matière précieuse du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient, il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il voulait saisir, au précieux petit pan de mur. (…) Il se répétait : ``petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune``. Cependant, il s’abattit sue le canapé circulaire. (…) Il était mort. »*

Le pan, c’est le coup porté par le visible, c’est, dans la peinture, une zone de turbulence au sein de la mimésis, s’ouvrant sur une troublante indécision. « Un pan : lambeau de plan (…) profondeur en acte, vertige coloré s’approchant. C’est une fascination, tendue entre le comble et la dislocation de l’image »**. Didi-Huberman ajoute plus loin que dans sa capacité à fasciner le regard, à le toucher, le pan est aussi « la trouble évidence d’une avancée brusque ou d’une enflure de l’espace (…). C’est un pur faire-front de la peinture elle-même. »

Le "faire-front" : dans le tableau de Vermeer c’est un pan aux frontières de la mimésis, un empâtement, un enchevêtrement de couches de peinture.

Le faire front que je cherche ne se trouve pas tant dans la dissemblance d’un élément de la représentation que dans le hiatus entre la frontalité du pan et de la profondeur, plus ou moins importante, du reste de l’image, qui génère un espace indécis : entre frontalité et perspective, entre image et réalité. Espace indécis qui dialogue avec notre perception.
* Marcel PROUST, A la recherche du temps perdu, tome II, Paris, éd. Gallimard, 1954, pp 755 - 756
** Georges DIDI-HUBERMAN, La peinture incarnée, Paris, éd. de Minuit, 1985, p 46 et suiv.

dimanche 7 mars 2010

jeudi 4 mars 2010

comment la photographie touche à la peinture / the way photography is linked to painting



C'est peut être ainsi que j'utilise un médium : en recherchant, par truchement, à toucher d'autres pratiques. Ce qui m'importe, c'est comment la photographie est une manière biaisée de faire de la peinture, quand il s'agit d'aplats colorés; de faire du dessin, quand il s'agit de masses, de lignes, de contrastes; de faire du collage, quand il s'agit de déplacer le pivot de mon corps pour que des objets disjoints en viennent à se téléscoper dans l'espace de l'image.
In fine, la peinture, le dessin, le collage, ne sont pas au bout de mes doigts, sous la forme d'un pinceau, d'un crayon, d'une paire de ciseaux, d'un tube de colle, mais bel et bien dans mon regard et la manière dont il se pose sur les choses. Et par conséquent dans la manière qu'a le réel de se présenter toujours déjà comme une image.

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