mardi 11 mai 2010

collages spatiaux / collage of places











pliages photographiques / folded photography



maquettes




considérations

N’étant ni architecte, ni urbaniste de formation, je cherche ce que le plasticien a à faire et à dire du paysage urbain : ce qui fait la spécificité des images du paysage urbain, ou plutôt ce qui fait la spécificité du paysage urbain en tant qu’images.

Je formule les choses ainsi car dans le cas du paysage d’une manière générale, du paysage urbain en particulier, le réel et sa représentation se télescopent, voire se substituent l’un à l’autre. En effet, nous percevons par le filtre de représentations préexistantes, ancrées plus ou moins profondément en nous, de manière plus ou moins avouée. De ce fait, au travers de l’acte perceptif, nous mettons en forme ce que nous percevons, nous le mettons en forme d’image si l’on peut dire. Ainsi, l’environnement urbain, architectural contient toujours déjà un potentiel « pictural », d’autres diront « pittoresque » (dans le sens producteur d’images, sans penser exclusivement à la peinture). Ce qui importe, ce n’est pas tant la réalité fonctionnelle de l’architecture mais sa capacité à faire signe. Là où s’immisce le plasticien est là où se tressent la réalité urbaine et son image. Nous pouvons ajouter que le paysage urbain est la relation qui va de l’environnement à son image par le truchement du sujet.

Par ailleurs, au sein du paysage urbain quelque chose de l’ordre du hiatus semble travailler, souterrainement, sous la forme d’une césure discrète. En effet, ce qui trame constamment la culture occidentale, c’est le découpage objet / sujet, sans que cela soit en contradiction avec ce qui est dit plus haut quant à la place du sujet comme truchement. Ce clivage se trouve reproduit dans les différents systèmes de représentation occidentaux, engendrant des images d’espaces qui ne sont, in fine, ni sensibles ni intelligibles de manière totalement satisfaisante vis-à-vis de l’expérience corporelle et kinesthésique.

D’autre part, et c’est une sorte de conséquence, le paysage urbain (et non pas la vue urbaine, panoramique, orthogonale, védutiste) entendu comme représentation fragmentée et rapprochée de la ville, est sous-tendu par une certaine esthétique du désastre puisqu’historiquement, d’abord dans la littérature puis dans la peinture et la photographie notamment, il naît de l’urbanisation plus ou moins sauvage de la société industrielle et de ses villes en croissance perpétuelle, morcelées, chaotiques, dotées d’une propension presque tératologique.

Mettre ces précédents points en exergue dans une production plastique passe par différents moyens. On pensera aux déplacements, glissements des choix esthétiques, dans la photographie contemporaine en particulier, qui orientent le regard vers les chantiers, les banlieues, les zones pavillonnaires, vers une architecture qui ne serait pas une « architecture d’architectes » si l’on peut dire, mais une architecture devenue la forme même de la prolifération urbaine dont il est question plus haut.

On pensera aussi aux démarches artistiques qui produisent des représentations spatiales perturbées, déformées, démultipliées, cherchant par exemple à créer d’autres systèmes de référence au réel, notamment dans sa dimension corporelle, et non plus seulement visuelle et intelligible.

Et on pensera aussi, dans cette lignée, à la mise en évidence de ce qui relève du dispositif, ce terme pouvant être compris de différentes manières. En effet, l’image est toujours issue d’un dispositif au sens de disposition (du sujet, de l’objet) et est toujours insérée, sertie, dans un dispositif, d’ordre matériel (et culturel) lors de sa monstration et de sa réception. Le point sur lequel on s’attardera en particulier sera la mise en œuvre de dispositifs questionnant la matérialité, la malléabilité matérielle de l’image, mettant en tension l’image, l’espace qu’elle représente, et l’espace dans lequel elle se trouve (on pensera à certaines formes de maquettes, d’installations, photographies de photographies).

C’est en s’affirmant en tant qu’image, c'est-à-dire en faisant des écarts avoués par rapport à la réalité, que la représentation du paysage urbain énonce quelque chose du réel, quelque chose de notre relation à la réalité. C'est via une image déformée de l'architecture que le corps sera touché, percevant, sentant comme sienne l'inconfortable impossibilité de l'espace représenté.